Chapitre 8

 

Monsieur ALPHONSE

Aux premières heures de la journée (environ 10h30), Bartolo et Bioncardin se rendirent au domicile du gardien du cimetière, monsieur Ficanasse. En chemin, Bartolo fit part de sa théorie à son collègue.

– De toi à moi, après ce que nous a dit Balourté, il est évident qu’on n’a pas pu transporter cette artillerie sans que personne n’ait rien vu ou entendu !!

– Sigur (bien sûr en balicois, corse, italien ou toutçaqu’estcquevousvoulez)

– Ce qui veut dire que le matos qui a servi à soulever le canon était déjà sur place ET Y EST ENCORE !!

– Et tu penses que Ficanasse aurait fait le coup ?

– Ce n’est pas certain mais tu avoueras qu’il n’y a pas mieux pour cacher un bidule lourd et imposant que l’excavation d’une piscine!

– Exact et on n’a plus qu’à mettre la piscine par dessus et le tour est joué!

– Ça paraît cohérent mais il nous reste à le vérifier.

Bioncardin gara son véhicule à proximité d’une modeste villa située non loin du cimetière et de l’emplacement déserté par le canon. C’était une maison familiale assez ancienne qui avait été construite il y a près d’un demi-siècle par les parents de Ficanasse. Ce dernier étant devenu employé municipal, on avait joint l’utile à l’agréable en le nommant gardien du cimetière.

En marchant, les deux policiers aperçurent la flèche d’une grue télescopique qui dépassait de l’arrière de la maison.

C’est alors qu’ils remarquèrent que plus ils approchaient, plus se faisaient entendre des gloussements, des halètements rauques et des petits cris aigus. Leur origine ne faisait guère de doute. Quand tout à coup un hurlement retentit :

– Alphonse, alphooonnnse. Ouiii encore ouiiiiii.

À priori, une dame semblait apprécier les œuvres d’un certain monsieur Alphonse.

Cet heureux dénouement ne pouvant pour autant arrêter le cours des investigations policières, Bioncardin sonna à la porte d’entrée sur laquelle se trouvait… une couronne mortuaire!

Un râle proche du feulement du lion en rut lui répondit, preuve que Monsieur Alphonse avait à son tour atteint son but ultime. Bioncardin sonna à nouveau avec insistance. Ce à quoi une voix rocailleuse lui répondit :

– S’avez pas vu la couronne ? Tabalori, paillassou, stassi (noms d’oiseaux balicois).

– Ouvrez, police, hurla Bartolo.

La porte s’ouvrit sur un homme hirsute en maillot de corps tenant d’une main son pantalon mal fermé.

– Monsieur Ficanasse ?

– Lui-même. C’est pourquoi ?

– On vient pour la piscine.

– Alors là commissaire, désolé mais vous êtes venus pour rien car je suis en règle. J’ai toutes les autorisations nécessaires. Pensez bien, avec tout ce qui s’est passé à la mairie, je n’ai pas envie d’avoir des ennuis.

– On vous croit sur parole mais on veut simplement la voir.

– La voir! Mais elle n’est pas terminée !

– Alors montrez-nous le chantier.

À contrecœur, Ficanasse les fit entrer. C’est à ce moment qu’ils croisèrent une jolie petite dame habillée en noir, les cheveux en bataille qui baissa la tête au moment où elle passa devant eux. Voulant sauver les apparences, Ficanasse jugea utile de donner une explication.

– Cette dame vient se recueillir chaque semaine sur la tombe de son mari et comme le défunt était lou mieu amic (mon ami), elle aime que je lui rappelle des souvenirs. Elle a l’impression de revivre les bons moments qu’elle partageait avec lui. Que voulez-vous ? J’aime bien rendre service. Les deux inspecteurs saluèrent cette grande générosité mais n’oubliant pas leur devoir ils rappelèrent à Ficanasse l’objet leur visite. Ce dernier les conduisit donc sur l’arrière de la maison. Ils traversèrent un salon en désordre où traînait au sol un soutien-gorge que Monsieur Alphonse fit disparaître sous un meuble d’un maître coup de pied.

Une porte-fenêtre donnait sur un vaste jardin en friche au bout duquel trônait la fameuse grue. À ses côtés, une piscine en résine, d’un bon gabarit reposait sur quelques madriers. Une petite tranchée d’à peine quelques mètres de largeur sur un mètre de profondeur avait été creusée.

– Elle est loin d’être enterrée votre piscine, constata Bioncardin!

– Sigur (voir ci-dessus), il me faudrait une pelleteuse mais avec le pastis que ça a fait pour amener la grue et la piscine, je suis obligé de me débrouiller. Alors, c’est pique et pelle le dimanche avec des amis.

– Eh bée ! Vous n’êtes pas prêt de vous baigner à cette allure.

– Pas grave. Je fais ça pour mes petits-enfants, alors j’ai bien le temps.

Estimant en avoir assez vu, les deux inspecteurs prirent congé de Ficanasse et repartirent vers leur véhicule non sans lui avoir posé une dernière question.

– Dites-moi, pourquoi avez-vous accroché une couronne mortuaire sur votre porte ?

– C’est pour pas être dérangé quand j’assure le service post mortem de mes amis décédés!!

2 Commentaires

  1. Moutin Chantal

    Excellent!

    Réponse
    • Bubu

      😂😂😎

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Oncle-bubu 2021 - Panique à Balico-sur-mer - Designed by Stratos Consulting 🚀 with all our 💓