Chapitre 2

 

Un silence détonnant

C’était un jour de semaine. Un jour de marché. Il faisait un soleil resplendissant et le ciel était d’un bleu que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Balicois se mêlaient aux touristes le long des étals colorés. Madame Dorothée Merlusse, la poissonnière, qui savait comme personne attirer le chaland, vantait, d’une voix haut perchée, la qualité de sa marchandise. Malheur à celui qui mettait en doute la fraîcheur de ses poissons. Un jour, un client venu d’une contrée éloignée, s’était interrogé sur l’authenticité de cette pêche locale. Il avait reçu un énorme poulpe en pleine figure. Depuis, nul ne s’aventurait à critiquer la fraîcheur du Gobi de Merlusse.

 

 On n’était pas loin de midi et la terrasse de l’auberge “Chez Mamie Sandra“ était remplie. À l’origine, cet établissement était un petit café mais depuis que sa propriétaire, Miss Poppins, avait inventé le pain beignet (rebaptisé depuis pan bagnat), le commerce avait pris de l’importance. C’était même devenu un endroit à la mode où l’on aimait se montrer. Au bout de cette terrasse, à l’abri d’un parasol, les Fougasse (un couple de boulangers à la retraite) devisaient. Monsieur avait l’air fort joyeux. Il est vrai qu’il en était à son quatrième pastis. Madame, quant à elle, s’inquiétait de la rougeur que prenait le visage de  mamoune (c’est ainsi qu’elle appelait Monsieur Fougasse dans l’intimité). Elle allait lui demander de freiner sa consommation quand tout à coup, elle devint blanche comme un linge.

 

– Mamoune, tu n’as rien entendu ?

– Ben non, je n’ai rien entendu !

Un silence se fit immédiatement sur la place et dans les allées du marché… Les gens s’étonnaient !!

Mme Pastamoualé, la patronne du restaurant “La Petite Baraque“ en sorti en criant :

– Vous avez entendu, on n’a rien entendu !!

– Ça alors, c’est bien vrai qu’on n’a rien entendu, réagirent les badauds abasourdis.

– Et qu’est-ce qu’on aurait dû entendre s’exclama mamoune Fougasse qui entamait son cinquième pastis ?

– Bé le canon pardi ! Il est midi !

 Effectivement, à midi on aurait dû entendre tonner le canon. C’était une vieille tradition qui remontait à plus d’un siècle. La légende voulait qu’à la fin du 19e siècle, un lord écossais, contrarié de devoir attendre son épouse au déjeuner, avait demandé au maire de l’époque de faire tirer un coup de canon afin de rappeler à la lady qu’elle devait rejoindre son mari. Il avait fourni la poudre et le canon qui avait ainsi tonné chaque midi. Après le départ du couple, les Balicois avaient continué d’effectuer ce tir marquant la fin de la période matutinale.

 La vérité était différente. On devait simplement ce coup de canon à un anglais fanatique de la ponctualité qui appréciait peu que les cloches des églises balicoises sonnent midi à des moments différents. Il n’en demeure pas moins que depuis cette période, le canon tonnait et qu’en ce jour particulier, il était resté silencieux.

 En mairie c’était le branle-bas de combat depuis 11h30, heure à laquelle l’employé chargé du tir était rentré en tremblant. À ses dires, le canon avait disparu. Le maire n’en croyait pas ses oreilles. Immédiatement, il se rendit sur les lieux en compagnie de policiers municipaux. Arrivés au sommet de la colline où s’effectuait habituellement le tir, ils ne purent que constater que le canon n’était plus là.

 C’était incroyable ! Comment une telle pièce d’artillerie avait pu disparaître ? Imaginez-vous ! Un Rameau en bronze fondu à Strasbourg en 1856 à chargement par la bouche ! Une pièce de 620kg auquel on doit rajouter son affût d’une demie tonne. En 1862, il avait fallu atteler six chevaux pour amener ce canon au sommet de la colline où se trouve le cimetière de Balico. En effet, et bien qu’à l’époque les gens ne manifestaient pas encore leur courroux à l’encontre du chant d’un coq ou du gloussement des poules, on avait préféré disposer ladite bouche à feu à côté de gisants qui, à l’évidence, ne se plaindraient pas du bruit provoqué par des détonations aussi intempestives que quotidiennes.

 Comment donc avaient bien pu faire les voleurs pour subtiliser un tel engin sans attirer l’attention? Qui plus est,  pour déplacer une telle pièce, il fallait au moins un palan ou une grue! Cela dépassait l’entendement. On avait questionné M. Ficanasse, le gardien du cimetière. Il n’avait rien vu ni entendu.

 On était consterné. Cette disparition constituait un fait historique sans précédent et les conditions d’exécution de ce larcin demeuraient des plus mystérieuses.

4 Commentaires

  1. jean-marc belamy

    Miss POPPINS serait avisée de n’acheter son poisson qu’à Madame MERLUCHE.

    Le mystère de la disparition du canon s’épaissit comme le pastis de MAMOUNE …

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    • bubu

      Miss Poppins est une copine de Dorothée Merlusse, le poisson est donc très frais …. mais la cuisine ??!!

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  2. Teadi

    Qui est-ce qui à fait péter le canon?

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    • bubu

      Encore 12 chapitres et tu le sauras lou mieu amic !!

      Réponse

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