Chapitre 12

 

La Torture

.L’élite de la police balicoise était interloquée. À qui appartenait cette tombe aux dimensions exceptionnelles? Qui pouvait y être enterré dès lors que les cénobites avaient disparu de la scène monastique depuis des lustres ? Le flair des deux policiers était en alerte et ils pressentaient qu’une piste sérieuse venait de s’ouvrir. Ce monument funéraire semblait n’avoir aucun rapport direct avec leur enquête mais quelque chose clochait et ils avaient envie d’en savoir plus.

 Ils décidèrent de joindre au téléphone le service des cimetières à la mairie. On leur passa la chef de service, Mme Ravan qui se fit une joie de leur répondre. Elle leur apprit que l’emplacement faisait l’objet d’une concession à perpétuité et qu’il concernait un caveau d’une très grande surface. Cette concession était au nom de l’association “club des philosophes balicois“ représentée par… Alphonse Ficanasse !!! Le prix de cette concession était exceptionnellement cher dans la mesure où le cimetière était classé hors catégorie au regard de son emplacement. Mme Ravan ne leur cacha pas qu’elle avait été surprise que son collègue (qu’elle connaissait bien car il était un ami de son défunt mari !!), pouvait faire partie d’un club philosophique disposant de tels moyens financiers.

Cet entretien téléphonique les conforta dans leur opinion. Ils tenaient une piste sérieuse. Ficanasse cachait trop de choses. Aussi décidèrent-ils de surveiller ses faits et gestes. Mais plutôt que de le prendre en filature, ils préférèrent se mettre en planque aux abords du fameux club philosophique. Ils avaient l’adresse et les jours et heures de leurs réunions. C’est Bioncardin qui s’en chargea car il avait un puissant scooter et caparaçonné et casqué, il passerait inaperçu.

On était le troisième jeudi du mois et notre policier gara son deux-roues en haut de la rue Géloupastré. Il était assez loin du numéro sept pour ne pas se faire repérer mais suffisamment près pour observer l’entrée de l’immeuble. Il était en faction depuis un petit quart d’heure quand apparu Ficanasse. Ce dernier, tel un conspirateur, regarda sur sa droite et sur sa gauche avant de frapper plusieurs fois sur la porte d’entrée. La porte s’ouvrit et il entra. Quelques minutes après, Bioncardin vit s’approcher le professeur Stronzo, célèbre proctologue qui à son tour frappa à la porte sur le même mode semble-t-il codifié.  Il fut suivi peu de temps après par le directeur du Crédit Apicole. Le même phénomène se poursuivi avec l’arrivée du docteur Moussa, gynécologue réputé. Bioncardin jugea qu’il en avait assez vu et ne voulant pas se faire repérer, il quitta les lieux. De retour au commissariat, il rendit compte de sa surveillance à Bartolo. Après un long silence, ce dernier décida d’arrêter Ficanasse et le placer en garde à vue sous le motif d’organisation de funérailles irrégulières. On verrait par la suite.

Le lendemain matin, rompant avec leurs habitudes, les deux inspecteurs se rendirent à huit heures au domicile de Ficanasse. En s’approchant, ils constatèrent que la couronne était déjà en place. Apportant la preuve que le gardien remplissait déjà son office, des cris, voire des hurlements se firent entendre.

– Alphoooonnse, ouiii, encore, oh mon dieu, je vieeennns!

La dame était à l’évidence croyante et pratiquante. Ce qui n’empêcha pas Bartolo de sonner à l’huis.

– Vous avez pas vu la couronne? Viergea pet..sal…bruta, santa Carolina ( en gros, le monsieur montrait son mécontentement).

– Police

La porte s’ouvrit sur un Alphonse en slip kangourou qui laissait entrevoir certaines parties intimes de son anatomie.

– Mais c’est pas vrai!! Ne me dites pas que vous venez pour la piscine ? Puisque je vous dis qu’elle n’est pas terminée.  Pour vous baigner, il vous faudra attendre.

– On n’est pas venu se baigner mais pour vous arrêter !

– Et pour quel motif votre honneur ?

– Infraction à l’article R. 625.3 du code pénal.

– Kesako ?

– On vous expliquera plus tard. Habillez-vous décemment et suivez nous.

Alphonse entra dans sa maison en bougonnant. Pendant qu’il se préparait, une dame vêtue de noir, en chapeau à voilette sortit en baissant la tête.

– Mais c’est la veuve de l’ancien préfet chuchota Bioncardin.

Ficanasse arrivant à ce moment, Bartolo lui demanda.

– Vous connaissiez le préfet ?

– Oui, de vue.

– Et nous, on te met en garde à vue !

Ils embarquèrent immédiatement Ficanasse et c’est toutes sirènes hurlantes et gyrophare allumé qu’ils l’amenèrent à la caserne Aubar, le quai des orfèvres balicois. Afin de l’impressionner et après l’avoir assis sur une chaise hors d’âge, ils lui attachèrent un poignet à un radiateur. Cette mise en scène n’eut pas l’air de produire l’effet escompté puisque Ficanasse se mit à rire. Bioncardin lui donna lecture de ses droits et lui fit signer le procès-verbal règlementaire. Alphonse ayant refusé d’être assisté par un avocat, l’interrogatoire put commencer. C’est Bartolo qui s’en chargea.

– Pourquoi n’avez-vous pas dit aux enquêteurs qu’un enterrement avait eu lieu la veille du vol?

– Tout simplement, parce qu’il n’y a pas eu d’enterrement !

– Ne te moques pas de nous, on a des témoins qui disent le contraire. Ils ont vu un corbillard monter au cimetière vers 19heures. Plusieurs voitures l’accompagnaient.

– Ah Ah Ah!!! Mais sa majesté, vous n’y êtes pas du tout. Ce soir là, j’avais réuni des amis chez-moi. On a simulé des funérailles. C’était pour l’enterrement de la vie de garçon d’un de mes potes. On s’était fait prêter un corbillard pour l’occasion. On s’est bien marrés ! Après, certains d’entre eux sont restés boire un pot à la maison et sur le coup des 21 heures, tout le monde est rentré chez soi. C’est ça que vous me reprochez ? On va rire demain en lisant les gazettes.

– Et c’est quoi cette histoire de tombeau énorme que tu as acheté pour le compte d’une loge maçonnique?

– Alors là votre éminence, vous aggravez votre cas ! Primo, la liberté de réunion est autorisée dans ce pays depuis le début du siècle dernier et vous ne pouvez pas m’en faire grief. Secundo, je ne vois pas ce qui interdit à une association d’acheter un tombeau pour y déposer les dépouilles de ses membres qui n’ont pas de famille?

– Et comment peux-tu expliquer que la location de la grue soit assurée par cette association ?

– Mais monseigneur, ça ne vous regarde absolument pas !

– Pff! Et tu vas nous faire croire que tu es un philosophe ?

– Et vouais!! J’ai lu tout Cicéron, je vous ferai dire!

– À part Cicéron Angledroit, l’auteur de polars, je ne vois pas ce que tu es capable de lire.

On arrivait à l’heure du déjeuner et nos deux policiers étaient fortement déçus. Il semblait qu’ils avaient totalement fait fausse route. Ils ne pouvaient rien prouver qui démontre la culpabilité de Ficanasse. À l’évidence, ils devaient le relâcher. Ils décidèrent néanmoins de repousser cette échéance en début d’après-midi. On ne sait jamais, un miracle pouvait se produire !!

Bioncardin s’adressa alors à Alphonse :

– On va te servir ton déjeuner. Tu as du bol car aujourd’hui, tu vas échapper au rata de la cantine. Les cuistots se sont mis en grève. Du coup on a fait appel au café restaurant « Chez Mamie Sandra » et Miss Poppins t’a préparé un gratin de panais aux amandes dont tu me donneras des nouvelles.

Brusquement et contre toute attente, Alphonse devint tout rouge comme une pivoine puis il vira au blanc cassé. Il se mit à hurler telle une bête sauvage blessée.

– Noonn, je vous en supplie, tout mais pas ça. Vous n’avez pas le droit de m’imposer ça.  C’est un véritable acte de torture. C’est contraire à la Convention de Genève, à la Déclaration Européenne des Droits de l’Homme, aux accords de Camp David !! Je ne veux pas manger ça, je vous en supplie. Ayez pitié. Je vous en supplieeee! Je vous dirai tout !!

Les inspecteurs eurent pitié de Ficanasse. Bartolo qui avait toujours sur lui un morceau de figatellu lui proposa de lui en donner à la condition qu’il  raconte la vérité.

Et c’est ainsi que grâce au menu de miss Poppins, Alphonse se mit à table…et il parla, parla, parla….

4 Commentaires

  1. JMB

    En plus de sa santé … canonique, au rythme soutenu des couronnes, on a affaire à un Alphonse Salé !!

    Perso, j’ai toujours pensé que la cuisine de Miss POPPINS allait influer sur l’enquête policière,
    un Fish and chips traditionnel aurait-il eu autant d’effets répulsifs ? ..

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    • Bubu

      Sûrement, dès lors que c’est préparé par Miss Poppins 😉😊

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  2. Moutin Chantal

    Super on ne sait pas où tu nous emmènes!

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    • bubu

      Si je le savais!!! hi hi

      Réponse

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